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Bouzy : 18 Vignerons qui voient rouge

17 sept. 2020 • 3 mins

Porter un verre de Bouzy rouge à ses lèvres, c’est plonger dans l’histoire et l’origine de la Champagne. Aujourd’hui, quelques irréductibles maintiennent et font redécouvrir ce vin aux multiples teintes, du rouge pastel au rouge brun en passant par le rouge violine.

Rassurez-vous, le champagne effervescent n’est pas passé de mode ! Mais boire un Coteaux champenois rouge de Bouzy est bien plus singulier. Si le saute-bouchon, comme il est de coutume d’appeler le champagne, date de 1685, avec justement l’apparition du bouchon en liège, le Bouzy rouge est, quant à lui, le digne descendant du vin des sacres des rois de France. Il faisait chatoyer de ses teintes d’un rouge léger les tables d’Henri IV et de Louis XIV, qui en raffolaient.

Bouzy est un des villages classés Grand Cru des Coteaux champenois. Sur ses 380 hectares, seuls 10 % sont consacrés à ce vin tranquille, aussi rare que savoureux, issu du pinot noir. Avant son décret d’appellation en 1974, son rendement généreux donnait un vin léger et canaille, propre à désoiffer par sa vivacité et sa fraîcheur les gosiers des parisiens en goguette. Il se dit qu’à l’époque, il pleuvait du Bouzy, avec quelques 400 000 cols par an, dix fois plus qu’aujourd’hui.

Dans les années 1980, sous l’influence de Georges Vesselle, cheville ouvrière de l’appellation, les vins amorceront un virage qualitatif important : choix de plants de qualité, sélection des porte-greffes, réduction des rendements, maturité plus aboutie… Une exigence qu’accompagnera l’académie du vin de Bouzy en 1992 sous l’impulsion de Paul Bara, Jean-Paul Brice et Henri Beaufort. Aujourd’hui, sur la quarantaine de récoltants-manipulants, ils sont une petite vingtaine à en faire partie, reconnaissables à leurs bouteilles armoriées d’un coq surmontant une épée.

Si la palette des styles est très large, deux grandes écoles cohabitent. Maurice et Jean Vesselle, par exemple, représentent l’ancienne école avec des jus aux teintes claires jouant sur la fraîcheur et la digestibilité. David, le gendre du Domaine Jean Vesselle, dit aimer « le style traditionnel sur le noyau de cerise, le fruit, l’acidité qui est la colonne vertébrale du vin ». Alors que le président de l’académie, Georges Remy, incarne des vins plus tendres, toute de souplesse et de velours. Une approche sur le côté pulpeux du fruit aux teintes plus soutenues.

Une troisième ligne, minoritaire, se démarque doucement, avec des vins dynamiques marqués d’une pointe de salinité, un style défendu avec talent par Benoît Lahaye, qui pousse le bouchon un peu plus loin en faisant du “sans soufre“ à partir de vignes travaillées au cheval et en biodynamie. Avec quoi le boire ? Un coq au vin, bien sûr, ou tout simplement une viande blanche ou un bar à la provençale.