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Coup de frais sur le champagne

11 sept. 2020 • 6 mins

En ‘‘coquetaile‘‘, aurait dit Roger Nimier, le champagne se fiance avec de moins en moins de réticence, car il sait qu’un plongeon dans la piscine constitue la clé de la longévité et la garantie de suivre une cure de jeunesse éternelle.

Les puristes vont encore s’étrangler. Mettre de l’eau dans son champagne les a toujours mis en effervescence. Le dévoyer dans des cocktails, dissoudre son âme dans des préparations colorées, le secouer, leur est intolérable. On ne plaisante pas avec ça. On boit pur ! Cependant, la tendance, lourde, est à la diversification et au métissage des composants et des saveurs. Le cognac, le calvados, l’armagnac travaillent depuis des lustres, et pour le plus grand bonheur de leur comptabilité, à de nouveaux modes de consommation plus jeunes, plus faciles, plus festifs, et ce afin d’écouler des produits à la peine par les temps austères qui courent.

Le champagne suit le courant, initié par le rosé, dans le domaine des vins tranquilles, consommé en “piscine“ en boîte de nuit, au bord des piscines, à bord des yachts et sur le sable de Pampelonne. Ou bien versé dans une coupe énorme, où flotte un bataillon de glaçons fondant fissa dans un breuvage au visage pâle.

La concurrence est devenue chienne. Le cava espagnol et plus encore le prosecco italien, bousculent le champagne dans la consommation festive. De moindre qualité, ils se fourvoient avec délice et sans arrière-pensée. Lorsque l’effervescent roi répugne encore à passer à l’acte – glaçant dans tous les sens du terme, le dilemme est davantage économique que philosophique, donc vite réglé. Sauf chez les orthodoxes de la coupe. Hemingway n’a pas attendu l’ouragan de cette mode pour créer, en 1935 à Cuba, le cocktail “mort dans l’après-midi“ dont le nom renvoie au titre de son roman consacré à la tauromachie. La recette est simple à tomber : 1/4 d’absinthe et 3/4 de champagne. Si le cocktail devient littéraire, le seuil de tolérance peut reculer d’un cran… de sûreté. La mixologie se passe de telles références, et continue de créer d’extravagants mélanges – à base de champagne aussi. D’aucuns concèdent de mélanger un crémant avec d’autres alcools et des fruits comme on ajoute un blanc d’extraction modeste à la crème de cassis. Affubler les préparations à base de champagne de l’adjectif “royal“ ne suffit pas à tempérer l’ire des inconditionnels du produit pour lui-même. Après, il en va des bulles comme de l’aligoté : un brut ordinaire fera l’affaire. Et que ceux qui se risquent à verser un millésimé dans le blender de la dépravation prennent leurs responsabilités, comme on dit en politique. 

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