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Ingrid Astier, les mots du Champagne

11 sept. 2020 • 2 mins

Son ivresse légère séduit, stimule, noie le trac et libère. Toujours sous pression, il jaillit avec jubilation. Depuis sa naissance, nos plus grands auteurs ont plongé leur plume dans ce vin de liesse. Balzac, Musset, Zola, Proust ou Colette…

Le champagne fait partie de ces données terrestres vouées au céleste

Dans "Le goût du champagne", son anthologie consacrée à l’effervescence littéraire de ce vin pétulant, Ingrid Astier a rassemblé trente-trois extraits, trente-trois facettes du champagne. Auteure de romans policiers, cette normalienne, agrégée de lettres modernes, est une dégustatrice éclairée. Nous l’avons rencontrée à l’occasion de la sortie de la sortie de son roman "Même pas peur" chez Syros.

On découvre, en parcourant les pages de votre anthologie, l’importance que les écrivains ont consacrée au champagne dans leurs écrits. Quels rôles ce vin occupe-t-il dans la littérature ?

Dans la littérature, on croise autant le snobisme d’un cocktail à New York, à base de champagne et d’or, que l’éloge passionné de Nothomb pour qui « le champagne est le meilleur repas ». Chez elle, comme chez Zola ou Dard (car oui, on trinque au champagne chez Zola !), on le boit très frappé.

Avec Modiano, le Pim’s Champagne fait fondre la timidité d’un homme face à deux yeux verts dans un bar de la rue de La Rochefoucauld… Il va merveilleusement avec l’humour teinté d’impertinence de Colette. À une jeune femme à qui l’on reproche de ne rien boire, elle fait dire : « Mais si, Monsieur ! je bois du champagne et de l’eau ».

Qu’est-ce qui fait que le champagne, dans la plume des écrivains, « redouble d’effervescence »?

Les boissons qui se jouent de leur état liquide me fascinent. Le champagne avant tout, qui, par l’effervescence, est l’anti-gravité. Le style est une forme d’effervescence. L’écrivain met les mots en ébriété, casse des chaînes logiques et sème le désordre. Approcher l’essence du champagne par les mots et donc redoubler de vivacité et d’allégresse.

Le champagne fait quelques apparitions remarquées dans vos derniers romans...

Dans "Quai des enfers", un commandant de la Crime fête le réveillon avec du Selosse pour chasser la noirceur dans l’allégresse des bulles. Un parfumeur boit du Billecart-Salmon pour célébrer sa renaissance artistique. Et dans Angle mort, un Serbe scelle un pacte explosif avec Diego, un beau voyou, en « dégoupillant une bouteille de champ’ ». Sabrer, dégoupiller… Cette gestuelle m’intéressait. Comme si faire couler l’or entre les doigts et libérer le geyser effervescent conjuraient le sort.

Votre plus grande émotion avec un champagne ?

La première fois que j’ai bu un champagne d’Anselme Selosse. C’est un styliste. Il incarne toutes les qualités du champagne : l’alliance sacrée du terrestre et du céleste. Le seul qui dise qu’« un grand champagne a des bulles carrées ».