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Le Champagne fait son cinéma

27 nov. 2020 • 4 mins

Champagne et Cinéma, pour ces deux-là c’est le grand amour depuis le début. Dès 1896, il fallait voir Moët & Chandon ou Mercier parader sous l’œil des Frères Lumières ! C’était à qui dévoilerait au mieux ce qui se cachait derrière leurs feuilles de vigne.

Et leur descendance ? Encore plus indécente… Entre la bouteille de champagne qui se trémousse dans les cauchemars du brave poivrot (Le rêve à la Lune de Velle et Zecca, 1905) et le preux chevalier 007 emballant à coupes de Dom Périgon, Bollinger ou Taittinger… Il y a de quoi faire frémir la censure.

Décadence, prohibition…

L’âge d’or de ce couple infernal ? Sans hésitation… les années 1920. On pense d’emblée aux luxuriantes adaptations de The Great Gatsby, notamment celle de Baz Luhramnn (2013). Certes, le Moët & Chandon coule à flot, mais ce film est fade, entendu et policé.

Non, si vous souhaitez la fête, l’insouciance et la légèreté priez Saint Google de vous retrouver le sulfureux Merry-Go-Round d’Erich von Stroheim et Rupert Julian (1923). Cette œuvre majeure est maintenant libre de droit, comme ses acteurs. Le champagne y est dépeint comme le marqueur social d’une aristocratie viennoise décadente et pitoyable. Mais attention, éloignez vos ados sous peine de leur construire une libido plutôt cavalière.

Ces années sont aussi celles de la Prohibition et le petit écran sait également décrire les arrière-cuisines de ces fêtes extravagantes. L’épisode Le Roi du Champagne (épisode 30 de la saison 2 des Incorruptibles, 1961) nous met sur la piste d’un dandy s’acoquinant avec un fabricant de bouteilles pour écouler des champagnes de contrebande et contrefaits.

… et gens ordinaires

Cependant, le champagne au cinéma n’est pas fait que de ces grands poncifs noirs ou blancs. Il sait parler des gens ordinaires, des couples qui se forment, des amis qui se réunissent ou d’alliances conclues.

La scène la plus tendre, pour moi, est celle d’un vaudeville sans prétention, Ferdinand le noceur (René Sti, 1935). Même si Fernandel joue et chante sans réelle crédibilité, la scène finale du repas de mariage fleure bon la petite bourgeoisie parisienne des années 1930. Tout y est, costumes de cérémonie en location, chemin de fleurs sur la table, œillet à la boutonnière… Et bouche ouverte, comme un poisson asphyxié dans un seau à glaçons, surnage une bouteille de champagne sans marque, ni attrait.

Derrière cette scène profondément commune se cache peut-être l’essentiel du passé, du présent et de l’avenir du champagne. Elle parle d’une valeur sûre en partage, d’un temps de pause, d’une sanctification du moment, dans une existence ordinaire.

C’est l’essence même du pot organisé par les collègues de Santini dans le film Le placard (Francis Veber, 2001).

Nous voyons passer presque de façon subliminale une bouteille de champagne au cordon rouge… Réflexe culturel, ce ruban est la marque de l’instant précieux et élégant… Mumm. Soixante ans plus tôt, le même procédé est utilisé dans le film Casablanca, de Michael Curtiz (1942). 

Deux axes de lecture

Hors de l'image du pochard décadent, le cinéma offre donc deux axes de lecture du champagne. Le premier nourrit l’imaginaire du héros tapageur ou flegmatique. Le second évoque le rituel précieux d'un seuil social ou d’une alliance scellée.

Et vous, quel est votre champagne ?

Celui de Gatsby, celui de Bond ou celui de Fernandel ? Moi, je rêve de vivre dans le Paris des années 1960, Catherine Deneuve à un bras, Veuve Clicquot à l’autre (La Chamade, Alain Cavalier, 1968).

Article rédigé dans le cadre d’un projet pédagogique du Diplôme universitaire Journalisme du vin de l’Institut Georges Chappaz - Université de Reims