le-rose-des-riceys-un-secret-bien-garde

Le Rosé des Riceys, un secret bien gardé

18 sept. 2020 • 2 mins

Oublié, écrasé par la mode des vins effervescents, prêt à rendre les ceps, le Rosé des Riceys renaît de ses cendres au plus grand bonheur de ses aficionados. De par son origine, son cépage et ses arômes, c’est certainement le plus bourguignon des vins de Champagne. Il nous raconte l’origine du style des vins de la région avant la naissance des effervescents.

Situé dans la Côte des Bar, proche de la Bourgogne, il en partage le cépage, le pinot noir et le type de sol marno-calcaire du chablisien. Il reste confidentiel avec ces quelque 60 000 cols par an alors que les champagnes s’écoulent à plus de 300 millions d’unités. Longtemps au purgatoire, il n’intégrera la Champagne viticole qu’en 1947 avec seulement 350 hectares.

Son histoire, pleine de rebondissements, nous est contée dans un livre écrit par Serge et Claudine Wolikow, deux universitaires auteurs d’une conférence à Pau, sur le thème suivant : « À équidistance d’Épernay, Reims, Dijon et Beaune, les Riceys se trouvent au cœur de la mêlée de la bataille des vins qui oppose la Champagne à la Bourgogne pendant près d’un siècle et demi (1650/1800) ».

Champagne par son lieu de naissance, il garde aujourd’hui sa spécificité : rosé et non effervescent.

On dit qu’il tient sa couleur claire d’un “pressurage rapide“, sinon immédiat, de la vendange cueillie “de grand matin“ (abbé Peluche). L’autorité ecclésiastique n’y vit d’abord qu’une méthode des vignerons pour échapper à la dîme et « à l’attente patiente et résignée du passage des “dizeniers“ dans les vignes… ».

Problème qui fut résolu en 1678 par une taxe calculée, soit à partir des raisins au pied des vignes, soit des vins en cave… À l’origine, cette couleur fut probablement celle de tous les vins, plus ou moins œil de perdrix avant de devenir blanc puis, à la fin du XVIIe siècle, effervescent. Toujours est-il qu’il fut reconnu “Appellation d’Origine Contrôlée“ en 1946 (première vendange 1947) après avoir failli disparaître entre 1880 et 1947.

Une vingtaine de vignerons maintiennent la tradition de ce vin hors du commun, sur à peine une quarantaine d’hectares qui lui sont réservés chaque année sur les 866 autorisés. En 2017, furent fêtés les 70 ans de l’appellation, l’occasion d’organiser une verticale pour remonter jusqu’aux origines…1947.

« Une dégustation exceptionnelle d’un vin à la robe tuilée et aux arômes confits, de pâte de coing et légèrement épicé. Il présente encore une belle fraîcheur et une longueur en bouche pour son âge », relatait Emilie Morel, du Domaine Morel Père et Fils, dont le père est le président de l’Organisme de Défense et de Gestion. Jeune, il faut le marier avec poissons de rivière, volailles, coquilles Saint-Jacques, langoustines, andouillette de Troyes AAAAA et Chaource.

Essayez et vous serez conquis. Mais ne le répétez pas, il n’y en aura pas pour tout le monde !