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Les cépages oubliés de la Champagne et ceux qui les cultivent

15 févr. 2021 • 4 mins

Pinot Noir ou Chardonnay, Blanc de Noirs ou Blanc de Blancs… Voilà des noms devenus bien familiers en Champagne. Mais la région et son vin des rois cachent des secrets bien plus profonds. Loin des cépages traditionnels et des cuvées répandues, certains vignerons prennent plaisir à cultiver ces raisins oubliés. Coup d’œil sur ces domaines qui sortent des sentiers battus.

Des cépages rares et confidentiels

Le cahier des charges de l’appellation Champagne autorise aujourd’hui la culture de sept cépages. Trois d’entre eux recouvrent la majorité du vignoble : un blanc le chardonnay, et deux noirs le pinot noir et le meunier. Les autres variétés autorisées, pinot blanc, arbane, petit meslier, pinot gris ou fromenteau, ne représentent que 0,3 % du vignoble champenois, selon le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC).

Les cépages oubliés sont des cépages anciens délaissés. En Champagne, on trouve l’arbane et le petit meslier. Qualitatifs, mais avec une faible résistance aux maladies, ils produisent de petites grappes avec de petites baies qui les rendent difficiles à presser. La maturation longue des raisins induit des vendanges tardives.

Selon Géraldine Uriel, Chef de projet matériel végétal, le CIVC leur a préféré des cépages plus productifs et plus résistants. Pourtant quelques vignerons, soucieux de préserver cette spécificité locale, ont conservé une petite parcelle de cépages oubliés. Nous avons échangé avec trois domaines.

L'arbane : l'or blanc de la Champagne 

Lucien et Josette Moutard, propriétaires du domaine de la Famille Moutard à Buxeuil, cultivent 22 ha de vignes et un hectare d’arbane dans la Côte des Bar, planté dans les années 1990, mis en cuves en 2000 et millésimé en 2003 et 2004. Ce succès les a poussés à continuer. Le domaine attire aujourd’hui une clientèle internationale curieuse venant de Californie, de Chine et de Hong Kong, qui recherche en Champagne des millésimes issus de cépages rares.

Didié Mélé, œnologue et chef de culture de la Maison Alexandre Bonnet dans Les Riceys, nous explique que les premiers pieds d’arbane ont été plantés au domaine en 2015. Il considère que le long cycle végétatif du raisin de cette variété est un atout contre le réchauffement climatique. L’arbane peut être assemblé ou vinifié seul. Sa petite production, 1 % des 45 ha de vignes du domaine, permet de diversifier les vins proposés.

Le retour des pinots 

Deux autres cépages peuvent être considérés comme oubliés : le pinot gris et le pinot blanc, très cultivés dans les régions viticoles voisines, qui sont devenus rares en Champagne. Mais il est possible de trouver des vignerons champenois qui produisent du champagne à partir de ces cépages.

À titre d’exemple, Claire Dérot du Domaine Dérot-Delugny à Crouttes-sur-Marne, nous confirme cultiver 70 ares de pinot gris aux côtés des trois cépages majoritaires.

Des vignerons champenois ont planté comme une curiosité des cépages oubliés autorisés par le cahier des charges qui étaient jusqu’à présent peu exploités dans la région. Des opportunités se sont alors ouvertes : la culture d’autres cépages, une valeur ajoutée dans la production, la diversification du goût des vins, une clientèle internationale plus grande en quête d’étonnement. La Famille Moutard, la Maison Alexandre Bonnet et le Domaine Dérot-Delugny l’ont compris et ont tendu la main à ces cépages.

Avant l’arrivée du Phylloxéra, d’autres cépages tels que le blanc doré, l’épinette, le chasselas rouge, l’enfumé noir ou le teinturier, étaient cultivés dans le vignoble champenois. Des plants sont encore conservés dans la Collection ampélographique de Vassal à Montpellier comme nous précise Cécile Marchal du Centre de ressources biologiques de la vigne (CRB-Vigne).

Ces cépages oubliés, aujourd’hui rares dans la région, sont fragiles et plus difficiles à cultiver. Cependant, ils apportent au vin leur originalité et authenticité. Alors, faut-il vraiment continuer à les oublier ?

Article rédigé dans le cadre d’un projet pédagogique du Diplôme universitaire Journalisme du vin de l’Institut Georges Chappaz - Université de Reims