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Les Veuves de la Champagne

14 avr. 2021 • 5 mins
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Team Grappers

Veuves et femmes d’affaires dans un monde d’hommes, c’est ce qui lie Barbe-Nicole Clicquot, Jeanne-Alexandrine Pommery et Lily Bollinger. Inspirées et audacieuses, ces dames sont à l’origine du succès de leurs Maisons respectives. Leur maître-mot ? L’exigence. Véritables modèles, elles sont les premières femmes d’affaires du monde moderne. Nous nous sommes penchés sur la vie de ses grandes dames, qui ont su pousser les frontières nationales pour conquérir le monde entier avec leur champagne.

Barbe-Nicole Clicquot : l'audace et l'intelligence 

Née en 1777 à Reims, Barbe-Nicole est la fille du baron Nicolas Ponsardin. A 21 ans, elle épouse François Clicquot, fils du fondateur de la Maison. Ce dernier lui transmet toute sa passion et son savoir sur l’élaboration et le commerce du champagne. Elle acquiert alors l’expérience et la maturité nécessaires pour reprendre les rênes de l’entreprise familiale lorsque son mari décède prématurément en 1805.

Barbe-Nicole Clicquot a su trouver sa place dans un monde où les femmes sont exclues des affaires professionnelles. Première femme à diriger une Maison de champagne, c’est avec détermination qu’elle mène la Maison Clicquot. Intransigeante sur la qualité de ses vins, elle perfectionne les techniques d’élaborations en inventant la table de remuage. En quelques années, elle fait de son nom une marque d’excellence célébrée dans le monde entier. C’est ainsi que ses pairs la surnomment « La Grande Dame de la Champagne ». Quant à la bouteille de champagne Clicquot, elle est appelée « The widow », « La viuda » ou bien « La Veuve », selon les pays ; preuve que Madame Clicquot a su traverser les frontières avec son vin. Elle a dit « Je veux hisser ma marque au rang numéro 1, de New-York à Saint Pétersbourg », et elle l’a fait.

Nous retiendrons de Barbe-Nicole Clicquot :

La table de remuage. Pendant que ses ouvriers prenaient leurs repas, Madame Clicquot se rendait discrètement au cellier pour faire des expériences en cachette. C’est de cette manière qu’elle invente le remuage des bouteilles sur des râtelier obliques. Elle est également à l’origine du premier champagne millésimé en 1810, et du rosé d’assemblage.

« Une seule qualité, la toute première. »
Devise de la Maison Clicquot

Jeanne-Alexandrine Pommery : le courage et la générosité

Madame Pommery reprend les commandes de la Maison en 1858, à la mort de son mari. Mère de deux jeunes enfants, elle fait preuve d’audace en décidant de s’occuper de la Maison. Femme de caractère, travailler dur ne lui fait pas peur. Sa principale exigence : la qualité, poussée à l’extrême. Instigatrice de cette Champagne moderne, Jeanne-Alexandrine Pommery comprend vite qu’il faut avoir la maîtrise de ses approvisionnements en raisins et qu’il faut se doter d’un outil industriel pour l’élaboration et la conservation du champagne si elle veut conquérir les marchés internationaux.

Son rêve est grand, c’est pourquoi elle n’hésite pas à lancer le « chantier du siècle ». Elle fait construire sur un même endroit, la butte Saint Nicaise, un énorme chai, 18km de galeries, une cuverie, des bureaux, et l’accueil pour les clients. Chaque bâtiment a un style architectural différent, mais l’ensemble est néo-élisabéthain pour plaire aux anglais. En parallèle, Madame Pommery veut pouvoir maîtriser la date de la cueillette des raisins, c’est comme ça qu’elle achète sa première vendange « à découvert », c’est-à-dire qu’elle achète le raisin d’avance. Ceci n’avait encore jamais été fait, c’était inimaginable.

Nous retiendrons de Jeanne-Alexandrine Pommery :

Le champagne brut tel que nous le connaissons aujourd’hui. Précédent le goût de ses clients, elle crée le premier champagne brut à connaître un succès commercial en 1874, le Pommery Nature. Elle rompt avec la tradition des vins très sucrés et produit un champagne 10 fois moins sucrés que les autres afin de plaire aux Anglais. 

« Je la revois alors que j’allais l’embrasser de bonne heure le matin, avant de partir en classe, assise à son bureau, entourée d’un monceau de dossiers, ayant déjà écrit de sa propre main plusieurs lettres et se préparant au dur labeur d’une journée qu’elle remplissait d’une infatigable activité. »
Son petit-fils, le marquis de Polignac
La décrivant au travail

Lily Bollinger : la grâce et le charme

Née Elizabeth Law de Lauriston-Boubers, la future Lily Bollinger épouse Jacques Bollinger en 1923. Lily devient veuve à l’âge de 42 ans, et, alors que la guerre fait rage, elle décide sans hésiter et avec beaucoup de dignité, de reprendre le flambeau. « Madame Jacques », comme elle était surnommée au sein de la Maison, dépense son énergie sans compter.

Enjouée et spirituelle, Lily Bollinger est une véritable stratège. Audacieuse en affaires, perfectionniste à l’extrême, elle ne tolère que l’excellence. Elle a su s’entourer des meilleures chefs de caves, comme André Bergeot, Guy Adam ou bien Gérard Liot. Pour autant, c’est elle qui détermine le style de son champagne, qui allie corps, finesse et distinction. Madame Bollinger sait d’ailleurs en faire la promotion : elle reçoit ses meilleurs clients et entretient avec eux de brillantes conversations. C’est également une femme au grand cœur. En effet, lors du bombardement d’Aÿ en 1944 elle secourt les blessés, recueille les sans-abris et réconforte les familles. Par ailleurs, elle connaît chaque employé de sa Maison et prend régulièrement des nouvelles de leurs familles.

Nous retiendrons de Lily Bollinger :

La mythique cuvée Bollinger R.D., pour Récemment Dégorgé. C’est un millésime ancien, dégorgé peu de temps avant son lancement et très faiblement dosé. Cette bouteille est l’incarnation de l’audace de Lily Bollinger, une femme en avance sur son époque. Notons aussi que Madame Bollinger était célèbre pour ses balades à bicyclette à travers son vignoble, été comme hiver.

« Je le bois lorsque je suis joyeuse et lorsque je suis triste. Parfois, je le prends quand je suis seule. Je le considère obligatoire lorsque j’ai de la compagnie. Je joue avec quand je n’ai pas d’appétit, et j’en bois lorsque j’ai faim. Sinon, je n’y touche jamais, à moins que je n’aie soif. »
Lily Bollinger
A propos du champagne